J’aimerais vous faire découvrir une étude taïwanaise de 2006 qui a ouvertement lancé la spiruline dans le monde du sport. Cette étude a démontré des effets préventifs de la spiruline sur les dommages musculaires entraînés par des situations d’exercice intense et a mis en évidence un impact significatif sur la performance en terme d’endurance.

Coureurs de marathon, dopés à la spiruline ?

La première étude sur la spiruline et le sport

Les chercheurs qui ont publié « Effets préventifs de la spiruline sur les dommages sur les muscles du squelette en situation de stress oxydatif induit par l’exercice physique » sont partis du constat que les équipes olympiques cubaines et chinoises nourrissent leurs athlètes de spiruline. Dans leur étude, ils n’ont sans doute fait que dévoiler à grand jour des effets connus depuis quelques années dans les cercles sportifs de ces deux pays.

Pour rappel, Cuba compte le plus grand nombre de médailles olympiques par habitant et se targue du fait que la pratique sportive constitue l’un des « Orgueils de la Révolution ». La Chine est quant à elle l’usine à sportifs par excellence et constitue désormais le plus gros moissonneur de médailles olympiques en chiffres absolus.

Un aperçu de la méthodologie de l’étude

Méthodologiquement, je n’ai trouvé globalement que des opinions favorables sur l’étude taïwanaise et je n’ai pas de légitimité formelle qui me permette d’en émettre.

L’étude a été menée sur seulement 16 sujets, ce qui paraît peu à première vue mais a malgré tout permis d’obtenir des résultats statistiquement valides. La taille de l’échantillon semble suivre une norme courante pour les études sur la performance sportive. Par ailleurs, deux études similaires avaient déjà été menées sur des rats en 1999 et en 2000.

Les paramètres méthodologiques qui m’ont paru importants sont les suivants :

  • L’apport de 7,5 grammes de spiruline par jour pendant 3 semaines. C’est une quantité significative, conforme aux posologies présumées pour les sportifs pour obtenir un effet rapide. Un gain physiologique par entraînement intense prend en effet de 5 à 8 semaines chez la majorité des personnes.
  • Un contrôle sur la quantité de protéines supplémentaires apportées (spiruline vs. soja).
  • Des sujets d’expérience étudiants universitaires taïwanais sans profil sportif particulier (jeunes hommes entre 19 et 22 ans) [nota : une étude similaire a depuis été menée sur des athlètes].

Un élément me gêne cependant un peu : l’absence d’analyse de composition sur la spiruline utilisée. On sait actuellement que toutes les spirulines ne se valent pas et que certains de ses constituants majeurs sont présents en quantités très variables, notamment en fonction du type de séchage utilisé. La proportion de phycocyanine varie ainsi de 1 à 20 selon la marque et l’intensité de la transformation…

Des résultats très favorables pour la spiruline

L’étude a mis en évidence un double effet :

  • Une réduction des dommages oxydatifs sur les muscles suivie au moyen d’indicateurs sanguins spécifiques.
  • Un accroissement du temps jusqu’à épuisement sur un exercice (protocole de Bruce) considéré comme un marqueur de performance physique approximant la mesure du VO2max. Les consommateurs de spiruline ont pris 4,1 points de performance de plus que le groupe placebo : 7,3% de gain contre 3,2%.

En y réfléchissant à deux fois, je trouve dommage que l’étude ait été faite sur seulement trois semaines. Sans plus d’information à ce sujet, je m’imagine assez facilement qu’un exercice intense allant jusqu’à épuisement complet entraînait des effets physiologiques pendant plus de trois semaines sur un sujet non-sportif. Qu’aurait-on eu sur 8 semaines par exemple ? 7% de gain contre 0% ? 20% contre 0% ?

Une étude indienne de 2010 a pu démontrer des effets proprement bluffants sur 8 semaines de consommation de 2 grammes sur la question plus limitée de la puissance et de l’endurance du quadriceps. Cela paraît en fait assez logique : les gains physiologiques de l’exercice apparaissent au bout de 3 à 8 semaines, avec des précoces et des tardifs. Il n’y a pas que ce soit plus rapide sur une étude comme celle-ci…

En termes de portée, cette étude de 2006 est la première étude formelle menée sur l’impact de la prise de spiruline sur la pratique sportive. Elle a été progressivement complétée depuis mais le vaste chantier de l’études des effets de la spiruline sur la pratique sportive vient seulement d’être initié !

Pour aller au coeur de la référence scientifique

J’ai traduit le résumé de l’article en français pour les non-anglophones :

« [Effets préventifs de la spiruline sur les dommages sur les muscules squelettiques en situation de stress oxydatif induit par l’exercice physique] »

Nous avons examiné les effets d’une supplémentation en spiruline sur la prévention de dommages sur les muscles squelettiques sur des êtres humains non-entraînés. Seize étudiants volontaires ont consommé pendant trois semaines de la Spirulina platensis [ndr : désormais reclassifiée en Arthospira platensis] en complément de leur régime normal. Des échantillons sanguins ont été prélevés après complétion du protocole d’exercice incrémental Bruce sur tapis de course, à la fois avant et après le traitement. Les résultats ont montré que les concentrations plasmatiques de malondialdéhyde (MDA) ont significativement chuté après la complémentation à la spiruline (P < 0,05). L’activité de la superoxyde dismutase (SOD) sanguine a significativement été accrue tant avec la complémentation avec de la spiruline qu’avec de la protéine de soja (P < 0,05). À la fois le niveau des glutathion peroxydase sanguin (GPx) que celui de lactate déshydrogénase (LDH) ont montré des résultats significativement différents au moyen d’une analyse ANACOVA, selon que la supplémentation se soit faite à la spiruline ou à la protéine de soja (P < 0,05). Par ailleurs, la concentration de lactate (LA) était plus élevée et le temps jusqu’à épuisement (TE) a été significativement prolongé avec l’utilisation de spiruline (P < 0,05). Ces résultats suggèrent que l’ingestion de S. platensis démontre des effets préventifs sur les dommages des muscles squelettiques et a probablement mené à un retardement du temps jusqu’à épuisement pendant l’exercice mené jusqu’à épuisement total.

La référence : « Preventive effects of Spirulina platensis on skeletal muscle damage under exercise-induced oxidative stress », European journal of applied physiology 98(2):220-6 (2006).

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