J’étais loin de m’imaginer à quel point la spiruline générique est mauvaise avant de décider de rentrer sérieusement dans les détails. C’est triste à dire mais les suspicions qui existent dans le secteur sont plus que fondées : qualité nutritionnelle déplorable, contaminations aux métaux lourds, corruption, même des cas exceptionnels d’irradiation… Force est de constater : la spiruline ne peut pas être générique dans un tel contexte. Seuls des produits de haute qualité peuvent montrer toutes les garanties de sûreté nécessaires à un produit alimentaire de qualité.

De la spiruline exclusivement industrielle séchée dans l’absence de respect des nutriments

Spiruline-chinoise-en-vente-grossisteLa spiruline industrielle est séchée dans une optique privilégiant la réduction des coûts. La technique dominante est le séchage par atomisation : la spiruline fraîche est projetée en micro-goutelettes sur des parois métalliques chauffées à plus de 100 °C. Les nutriments ne sont pas respectés, et même souvent complètement dénaturés, mais la spiruline est séchée de façon instantanée. Ces techniques très violentes ont parfois été tempérées sur des productions industrielles occidentales, avec par exemple un séchage par atomisation réalisé en atmosphère à gaz neutre pour réduire l’oxydation du produit. Le plus souvent, rien de tout cela n’est cependant mis en oeuvre : ni les professionnels ni les consommateurs ne semblent réaliser à quel point le sacrifice de qualité est important et par contre, tout le monde est sensible à des prix cassés.

J’ai eu l’occasion de voir des résultats d’analyses de spirulines asiatiques à moins de 1% de phycocyanine, ce pigment bleu qui sert d’indicateur de la qualité du séchage et de la conservation de la spiruline. À comparer avec un taux d’environ 25% dans la spiruline fraîche, de 18 à 25% pour notre sélection Gourmet Spiruline et généralement comprise entre 5 et 15% sur les spirulines de marque disponibles en France. Jusqu’à preuve du contraire, qui dit spiruline générique dit absence d’emphase sur la qualité. C’est un fait objectif mais de loin le reproche le plus doux qu’on puisse faire aux spirulines génériques…

De la spiruline contaminée aux métaux lourds

J’ai écrit plus en détail sur ce sujet : les métaux lourds sont une crainte justifiée à avoir quand on achète de la spiruline.

C’est un problème qui existe dans de nombreuses régions du monde, y compris certaines qui n’ont pas été directement polluées par l’homme (cas de la spiruline du Tchad). Le cas de la Chine Populaire est cependant important à creuser car il s’agit du principal producteur de spiruline du monde et de très loin et, son origine étant mal perçue par les consommateurs occidentaux et le plus souvent cachée, c’est aussi la principale origine de la spiruline générique.

L’idée n’est surtout pas de critiquer toutes les productions chinoises ou d’essayer de faire ignorer que la critique est commode étant donné que leur prix défie toute concurrence. Simplement, le développement économique de la Chine Populaire est une longue suite de catastrophes écologiques et dans des environnements hyper-contaminés, il faut s’attendre à obtenir une spiruline de piètre qualité.

C’est un phénomène qu’on aussi connu à différentes ampleurs à travers l’Europe et aux États-Unis par exemple mais fort heureusement des efforts considérables ont été faits pour éviter de transformer nos pays en dépotoirs toxiques géants. Pas en Chine. Le rapport environnemental officiel de 2013 faisait état de 60% des eaux souterraines gravement polluées, et même 70% au point d’être « impropres au *toucher* humain » dans la Grande plaine de Chine du Nord.

Attention, et j’insiste tout particulièrement sur ce point : les simplifications géographiques peuvent cacher différentes réalités, notamment au niveau des moyens de contrôle mis en oeuvre. Difficile d’en savoir plus sans creuser des sources chinoises que je ne maîtrise pas ou mener des analyses indépendantes supplémentaires et ce n’est pas le propos de cet article.

Pour prendre un exemple, l’île tropicale de Haïnan a ainsi longtemps été particulièrement peu polluée car moins industralisée. Ce n’est malheureusement plus le cas aujourd’hui mais si la pollution peut y être très importante (smog…), elle y est plus localisée qu’ailleurs dans le pays et il existe encore des endroits très propres avec une eau très propre. Et même en supposant que l’eau y soit gravement polluée, il serait parfaitement envisageable de la décontaminer avant usage dans des cultures.

La production chinoise qui me semble la plus problématique est ailleurs (c’est une opinion personnelle – amplement documentée mais qui se discute). Il faut d’abord comprendre que la spiruline récoltée en milieu naturel pose en général de gros soucis de contrôle parce qu’il ne s’agit pas d’un milieu clos et que les interventions correctrices sont très difficiles. En l’occurence, la production chinoise est dominée par le lac Chenghai dans le Yunnan, un véritable titan qui représenterait de l’ordre de 40% de la production mondiale, avec des installations d’une très grande technicité et d’une ampleur sans pareil. Un scandale a éclaté en 2012 suite à une enquête de presse qui a poussé les autorités chinoises à agir : les taux maximaux de plomb dans la spiruline étaient dépassés de l’ordre de 820% par 6 des 8 grandes marques de spiruline chinoises, dont plusieurs marques se fournissant exclusivement en spiruline provenant de ce lac. Il semble bien établi que le district de Chenghai est effectivement très pollué aux métaux lourds et sans tirer la conclusion que c’est forcément le cas de la spiruline de Chenghai, ou de Chine, ou de la spiruline générique, c’est un point noir au tableau.

Même de la spiruline irradiée

J’ai longtemps cru qu’il s’agissait là d’un mythe mais une lettre d’alerte publiée par la FDA le 25 mai 2010 à un importateur newyorkais de spiruline chinoise rend désormais certaine l’existence de spiruline irradiée commercialisée de façon déloyale et souvent illégale. Dans cette lettre, on apprend que lors d’un contrôle inopiné la FDA a détecté un lot de spiruline irradiée, en violation totale des règles en vigueur aux États-Unis. De quoi être suspicieux à raison sur cette origine. Que cache en effet une irradiation de spiruline ? Cette technique de traitement des aliments est coûteuse et utilisée principalement dans un cas bien défini : pour éliminer une contamination bactérienne grave. La spiruline chinoise en question a donc probablement été identifiée comme étant sérieusement hors normes en termes de bactériologie, susceptible de causer des maux de ventre et intoxications alimentaires. Ses producteurs ou revendeurs à la déontologie douteuse ont alors souhaité pouvoir néanmoins commercialiser leur spiruline bonne à jeter tout en pouvant présenter des analyses satisfaisantes. Et pour cela un seul moyen : l’irradiation. Cette technique est illégale aux États-Unis et en Union Européenne. En plus de constituer un travestissement de la notion de démarche de qualité sanitaire digne de ce nom, et de permettre à des exploitations dangereuses de continuer à produire de la spiruline, l’irradiation est un processus très destructif qui va encore plus abîmer les nutriments déjà bien éprouvés de la spiruline chinoise industrielle.

Pour préciser un point car j’ai eu un retour à ce sujet : je ne pense absolument pas qu’il ait s’agit d’une production établie de spiruline mais plutôt d’un revendeur ayant acheté de la spiruline non-alimentaire cultivée avec des effluents et l’ayant fait irradier pour éliminer la charge bactérienne présente dedans. J’ai plusieurs autres références démontrant la pratique mais elle est probablement exceptionnelle. Je ne pense pas que ce soit quelque chose à retenir contre la spiruline chinoise en général, mais simplement un symptôme de pratiques qui ont lieu quand la chaîne allant du producteur au consommateur est excessivement longue, peu contrôlée et peu transparente.

Des scandales sans fin

Le scandale de la CFDA et de la spiruline contaminée au plomb en 2012 a mis en évidence que l’organisme officiel de contrôle de santé publique chinois avait omis du fait de corruption de contrôler correctement la production de spiruline chinoise.
Les scandales alimentaires en Chine sont nombreux et des rumeurs de certification biologique dispensés à des exploitations chinoises non-soumises à inspection font régulièrement surface. Malgré les différents scandales présumés et avérés, aucune société de production de spiruline ne semble jamais avoir été condamnée pour ces agissements.

Je ne souhaite pas pointer du doigt la Chine. Les problèmes existent partout. J’ai des témoignages de première main ou des analyses à l’appui concernant plus d’une origine.

Simplement, il n’y a aucune fiabilité à attendre des spirulines dont les logiques de marché sont celles du moins-coûtant et de la maximisation des marges. Parfois à cause des producteurs, parfois à cause des autorités de contrôle ne faisant pas leur travail, parfois à cause de revendeurs peu scrupuleux. Comment alors se prémunir de ces spirulines douteuses ?

Mon message est simple : la spiruline ne peut s’acheter à l’aveugle comme un produit générique car ce n’est pas un produit générique. C’est aussi simple que cela et c’est dans ce cadre que notre action et la marque Gourmet Spiruline prend tout son sens.