Spiruline bio ? Existe, existe pas ? On entend et lit un peu tous les discours. En fait, il y a plusieurs degrés d’approche en matière de spiruline : le 100% bio (abusivement labellisé) et les cultures d’esprit bio. Une chose doit aussi être notée : le bio n’est pas ici un raccourci pour la qualité et la question cruciale de la qualité de séchage et de la teneur en nutriments de la spiruline ne fait pas partie du tableau du label biologique de la spiruline. Pour comprendre, suivez le guide…

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Spiruline bio : un mirage devenu partiellement réalité

La spiruline : une culture qui s’est toujours faite dans l’esprit de la bio

Avant toutes choses, il convient de rappeler que la spiruline n’est pas une algue marine mais une microalgue cultivée dans des bassins. Dans ces bassins, on cherche à imiter les conditions naturelles de prolifération de la spiruline de façon plus contrôlée et à l’abri des nombreuses contaminations qui pourraient affecter la qualité alimentaire de cette production. Il faut à la spiruline, une eau riche en minéraux, salée et alcaline. On met par exemple toujours du bicarbonate de soude pour baisser le pH de l’eau mais ensuite les « recettes » diffèrent.

Ce qui est certain, c’est que la spiruline a toujours été dans l’esprit bio : une culture très peu consommatrice en ressources, pas de pesticides ou d’intrants étranges, pas d’OGM… Mais entre l’esprit bio et le bio, il y a un saut à franchir et depuis les débuts de la culture de la spiruline dans les années 1970′, on a utilisé malgré tout quelques engrais de synthèse.

Ces quelques engrais utilisés sont bien anodins et les dommages sur l’environnement sont notablement réduits par le fait que contrairement à l’agriculture conventionnelle, en aquaculture quand on met quelque chose dans un bassin, ça y reste. Les producteurs ont tous des techniques un peu différentes, et les sources d’engrais sont souvent à mi-chemin entre des engrais agricoles standards et des engrais acceptés en agriculture biologique. Mais dans tous les cas, un problème de taille a empêché les progrès de la culture de spiruline bio : la source d’azote.

Une longue période sans spiruline bio

Logo France agriculture biologiqueIl y a encore quelques années, il n’y avait strictement aucune culture commerciale de spiruline qui travaillait en bio à cause du problème de l’azote. Personne n’arrivait à nourrir la spiruline en azote de façon biologique mais néanmoins, avec l’engouement du bio, les consommateurs ont commencé à exiger à raison de plus en plus de bio dans leur assiette, et sont apparus des vendeurs peu scrupuleux qui ont commencé à affirmer que leur spiruline était bio.

La réaction des producteurs de spiruline français n’a pas tardé et ceux-ci ont fait un grand effort de communication autour de ce sujet, pour mettre sur leur garde les consommateurs qui pouvaient occasionnellement tomber sur des spirulines vendues comme étant bio alors que ce n’était pas strictement possible.

Les nouveaux producteurs de spiruline bio : du très technique, mais qui cache un défi quant à la qualité nutritionnelle

Enfin, jusqu’à maintenant. Car désormais il existe des spirulines bio et les discours n’évoluent pas forcément. Des digesteurs à haute technicité permettent de fermenter des sources d’azote végétales (comme des légumineuses… ou, m’a t-on rapporté en Inde, du blé ou du riz) et à injecter le ferment dans les bassins pour nourrir la spiruline. Cette technique a l’avantage d’être parfaitement bio. Mais elle a aussi un désavantage de taille : en injectant un ferment riche en bactéries, le milieu devient temporairement contaminé. Le référentiel Ecocert prévoit par exemple plusieurs jours entre l’alimentation des bassins de spiruline et la récolte. Et cela ne s’avère pas toujours suffisant : beaucoup de lots de spiruline bio doivent être détruits du fait d’un dépassement des normes bactériologiques.

Pour faire face à ce défi, ces gros producteurs de spiruline bio ont choisi une arme bien particulière : la chaleur.

En séchant à haute température, les producteurs de spiruline bio contournent ce problème de bactéries… au détriment de la qualité du produit.

La qualité n’est pas mauvaise car pour penser spiruline bio il faut déjà être des pionniers, mais elle est loin d’être exceptionnelle. Les marques disponibles en France proposent une spiruline à tantôt 5% de phycocyanine (l’antioxydant-phare de la spiruline), tantôt 10%, parfois même 15%. Un monde au-delà des spirulines low cost mais un monde en-deçà de nos productions séchées à très basse température ou à température ambiante.

Nos spirulines ont quant à elles entre 18% et 25% de phycocyanine !

Mais pourquoi n’y a t-il pas de label biologique français ou européen ?

Cela prête à confusion et beaucoup de personnes honnêtes mais insuffisamment informées ont cru y voir la mainmise de sociétés privées de labellisation comme Naturland ou Ecocert sur une production incertifiable. Effectivement, Ecocert a développé un cahier des charges spécifique aux microalgues et adapté à la culture de la spiruline de façon totalement privée mais il ne certifie pas la culture bio. Le texte suivant, extrait du cahier des charges du référentiel microalgues d’Ecocert est particulièrement explicite :

Citation-Ecocert-microalgues-bio

Certains avancent que l’impossibilité d’obtenir de la spiruline biologique française en temps et en heure, les problèmes bactériologiques étant particulièrement vifs sous nos latitudes modérément adaptées à la culture de la spiruline, ait conduit au retrait de participation des spiruliniers français aux cahier des charges de la production de spiruline biologique, freinant le processus.

Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : il existe un flou juridique dont beaucoup profitent, soit de façon modérément abusive (leur production étant dans l’esprit bio ou biologique), soit de façon beaucoup plus abusive (pour des productions qui ne le sont ni de près ni de loin). Nous avons à l’occasion signalé des abus aux autorités compétentes et rien n’en est jamais sorti, dommage !

Gourmet Spiruline : de l’esprit bio par choix et principe

En quelques mots, Gourmet Spiruline a fait le choix de l’esprit bio tout en privilégiant avant tout le côté équitable et la qualité de la production.

Esprit bio ou label bio ?

L’esprit bio, qu’est-ce que c’est ? Une méthode de production agricole basée sur le respect du vivant et des cycles naturels, qui gère de façon globale la production en favorisant l’agrosystème mais aussi la biodiversité, les activités biologiques des sols et les cycles biologiques.

Pour atteindre ces objectifs, les agriculteurs biologiques doivent respecter des cahiers des charges et des règlements qui excluent notamment l’usage d’engrais chimiques de synthèse et de pesticides de synthèse, ainsi que d’organismes génétiquement modifiés. C’est vrai qu’utiliser quelques engrais non-bio, faire du raisonné sur l’élément le moins problématique de l’agriculture conventionnelle, c’est un peu dommage.

Mais c’est un petit sacrifice face à la perte de qualité nutritionnelle et l’inévitable concentration des acteurs de la spiruline en méga-fermes capables de mettre en oeuvre des solutions de haute technicité pour obtenir une spiruline parfaitement biologique.

Label bio contre commerce équitable

Pour l’instant, la spiruline bio est clairement une technologie lourde, à la portée des plus grands uniquement.

Quand notre petit producteur au Burkina Faso sort ses quelques kilogrammes par jour pour financer l’utilisation de la moitié de la production pour des usages humanitaires, il ne peut pas passer en bio. De l’autre côté de la planète, des géants industriels sortent des tonnes de spiruline bio par an mais ne financent rien du tout. La spiruline revient au même prix mais dans un cas elle finance une opération sociale de grande qualité et dans l’autre une grosse multinationale. Tant que nous travaillons avec des personnes d’exception qui ne peuvent que se cantonner à l’esprit bio, on ne passera pas au tout bio car entre un label et une réalité sociale profonde, notre choix est vite fait.

Spiruline bio ou à esprit bio : une question de priorités personnelles

En définitive, tout est une question de priorités personnelles. Nous appuyons plus fortement sur l’aspect social et sur la qualité nutritive de la spiruline au risque d’y perdre les lecteurs rapides privilégiant des mentions bio à la légalité douteuse. C’est un choix dont nous sommes fiers et nous allons continuer à redéfinir le périmètre des spirulines éthiques et de qualité tout en étant de grands partisans du bio en agriculture.