Les craintes alimentaires sont bien enracinées dans notre temps. Journalisme à la va-vite, absence de culture scientifique et marketing de la peur font que ces craintes s’abattent souvent sur des produits parfaitement anodins et que des réputations sulfureuses émergent parfois d’un rien.

La spiruline est un petit organisme intriguant, plein de bienfaits et pourtant si différent. Microscopique, on se demande toujours ce qu’il peut s’y cacher qu’on ne voit pas à l’oeil nu. Au même titre que tous les autre aliments qui existent, certains contaminants s’y retrouvent parfois. Comme des microcystines hépatoxiques. L’horreur. Un nom à filer l’urticaire.

Alors quand des blogueurs, praticiens ou consommateurs tombent sur des titres d’études comme « [Détection de microcystines hépatoxiques dans 36 types de produits alimentaires à la cyanobactérie spiruline en Chine] », ils prennent peur et décampent. Mais [ms_highlight background_color= »green » border_radius= »5px » class= » » id= » »]cette peur se justifie t-elle ?[/ms_highlight]

Les résultats de l’étude « Détection de microcystines… »

Alerte !!! On a détecté des microcystines dans la spiruline !

Voyons ce que cela donne par rapport au seuil d’innocuité (1 µg/g) :

Résultat de l'étude « Détection des microcystines hépatotoxiques dans 36 types d'aliments à la spiruline en Chine »

Ah, [ms_highlight background_color= »orange » border_radius= »5px » class= » » id= » »]pas grand chose[/ms_highlight]…

Il y a une mauvaise source qui est quatre fois plus contaminée que la suivante mais même elle atteint péniblement 16% du seuil d’innocuité au gramme.

Le niveau moyen, 14 ng/g, correspond à 71 fois moins que le seuil d’innocuité !

C’est le souci fréquent à lire des résumés publics d’articles scientifiques sans avoir ni la version intégrale de l’étude ni de référence contextuelle. Les « niveaux détectables » indiqués dans l’étude sont une expression frigide qui ne veut à peu rien dire. Les progrès techniques et scientifiques font que les niveaux détectables sont de plus en plus faibles.

Le fameux « arrêté plantes » qui fixe des seuils et contaminants à suivre de près plante par plante sur la totalité des ingrédients entrant dans la composition de compléments alimentaires ne s’y arrête même pas. Les microcystines sont un problème potentiel dans une autre microalgue, la Klamath, et pour celle-là le taux maximal de 1 µg/g est bien précisé. Mais rien n’est exigé à ce niveau pour l’ensemble des autres algues, allant de la spiruline à la chlorelle pour les microalgues, et du nori à la dulse pour les algues marines.

Les microcystines : un contaminant généraliste, bien plus présent ailleurs

Évidemment avec un nom comme ça, on s’imagine vite que c’est parce qu’on s’amuse à manger des choses « différentes » que nécessairement on s’ouvre à des nouveaux problèmes. Oublions un temps que des populations humaines mangent de la spiruline depuis le IXe siècle au moins. Qu’en est-il par rapport à d’autres aliments courants ?

L’étude « [Présence et bioaccumulation de microcystines et de cylindrospermopsines dans l’alimentation] » s’est justement intéressée à cette question. Elle fait notamment état d’un grand nombre d’aliments et de taux maximum de contamination aux microcystines qui y ont été détectés. Comme souvent, les coquillages et des crustacés sont d’importants bio-accumulateurs et posent de réels soucis de santé publique. Mais beaucoup d’autres aliments sont aussi occasionnellement contaminés. Et surprise : [ms_highlight background_color= »green » border_radius= »5px » class= » » id= » »]les taux maximum enregistrés pour les fruits et légumes sont parfois bien supérieurs à ceux enregistrés pour la spiruline :[/ms_highlight]

Microcystines dans la spiruline et d'autres aliments : taux comparés au gramme (spiruline, pomme, radis, laitue, moules)Et attendez ! Nous sommes encore en µg/g à ce stade. Or une portion de spiruline c’est une cuillère à café, soit trois grammes, à comparer avec une pomme (140 g), une demi-botte de radis (125 g), un cinquième de laitue (60 g), ou encore un litre de moules (210 g de chair). Même en comparant avec un mois de spiruline (90 g), les résultats sont on ne peut plus parlants :

Microcystines dans la spiruline et d'autres aliments : taux comparés à la portion (spiruline, pomme, radis, laitue, moules)Très clairement, vu les multiples bienfaits de la spiruline, s’en priver parce qu’un mois de cure de spiruline la plus contaminée en microcystines de Chine en contient autant qu’une bouchée d’une mauvaise pomme serait assez extraordinaire !

Et c’est sans compter qu’une bonne culture n’a pas ces problèmes, je le rappelle à nouveau… Et oui, ça ne génèrerait probablement pas autant de clics et de vues que de prétendre le contraire, mais [ms_highlight background_color= »teal » border_radius= »5px » class= » » id= » »]les microcystines ne semblent bel et bien pas être un problème pour la spiruline[/ms_highlight].

[ms_accordion style= »simple » type= »1″ class= » » id= » »] [ms_accordion_item title=’Références’ icon=’fa-asterisk’ status=’close’]· « Detection of the hepatotoxic microcystins in 36 kinds of cyanobacteria Spirulina food products in China », Food additives & contaminants 25(7):885–894 (2008) – http://dx.doi.org/10.1080/02652030701822045
· « Presence and bioaccumulation of microcystins and cylindrospermopsin in food and the effectiveness of some cooking techniques at decreasing their concentrations: a review », Food and Chemical Toxicology 53: 139–152 (2013) – http://dx.doi.org/10.1016/j.fct.2012.10.062[/ms_accordion_item] [ms_accordion_item title=’Crédits photos’ icon=’fa-photo’ status=’close’]· L’ensemble des graphiques appartiennent à Gourmet Spiruline. Ils peuvent être peut néanmoins être utilisés sans modification. Licence CC-by-nd. (Tout retrait de logo en particulier est proscrit).
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